Infusions au chanvre : l’UE plafonne le THC des feuilles dès 2027

Le règlement (UE) 2026/1828 plafonne le THC des feuilles de chanvre à infuser à 40 mg/kg et des tisanes à 0,02 mg/kg dès le 1er janvier 2027.

Tasse d'infusion de feuilles séchées avec théière, illustration des tisanes au chanvre encadrées par l'UE en 2027

Les infusions au chanvre viennent de recevoir leur premier cadre européen dédié. Le règlement (UE) 2026/1828 de la Commission, adopté le 28 juillet 2026 et publié au Journal officiel de l’Union européenne le lendemain, fixe pour la première fois des teneurs maximales en THC dans les feuilles de chanvre destinées à l’infusion et dans les tisanes prêtes à boire. Il sera applicable dans les vingt-sept États membres à partir du 1er janvier 2027, avec des mentions d’étiquetage obligatoires à la clé. Cet article détaille les seuils retenus, la logique sanitaire qui les sous-tend, les nouvelles obligations d’étiquetage et ce que la filière doit anticiper avant l’échéance.

Deux seuils de THC : 40 mg/kg pour les feuilles, 0,02 mg/kg pour la boisson

Le règlement modifie l’annexe I du règlement (UE) 2023/915 sur les contaminants dans les denrées alimentaires en y ajoutant deux lignes. Le point 2.6.4 plafonne à 40 mg/kg les feuilles de chanvre destinées à l’infusion dans l’eau. Le point 2.6.5 limite à 0,02 mg/kg les infusions de feuilles de chanvre prêtes à boire, y compris lorsque la boisson n’est pas préparée exclusivement à partir de feuilles de chanvre.

Dans les deux cas, la limite porte sur la somme du delta-9-THC et de son précurseur acide, le delta-9-THCA, exprimée en équivalents de delta-9-THC. Concrètement, à 0,02 mg/kg, une tasse de 250 millilitres ne pourrait contenir qu’environ 0,005 mg d’équivalents THC.

Jusqu’ici, seules les graines de chanvre (chènevis) et leurs dérivés faisaient l’objet de teneurs maximales précises au niveau européen. Les feuilles vendues pour la tisane évoluaient sans encadrement spécifique sur le THC. Le nouveau texte referme cet angle mort avec une règle commune.

Pourquoi un tel écart entre les deux valeurs

La différence de facteur 2 000 entre les feuilles sèches et la boisson n’a rien d’arbitraire. Le THC et le THCA sont des molécules lipophiles, peu solubles dans l’eau, et la Commission a tenu compte de leur migration limitée vers l’infusion aqueuse. Une étude de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR), portant sur 23 tisanes de chanvre du commerce, a mesuré qu’en moyenne seulement 0,5 % du THC contenu dans les feuilles passait dans la tasse. Sur cette base, une personne de 60 kg devrait boire en moyenne 14 litres de tisane par jour pour dépasser la dose aiguë de référence, même si la tisane la plus chargée de l’échantillon franchissait ce seuil dès 0,9 litre.

Cette dose aiguë de référence, fixée par l’EFSA à 1 microgramme de delta-9-THC par kilogramme de masse corporelle, est le socle de tout le calcul. Le règlement suit la même logique que l’avis récent de l’EFSA sur le CBD : partir d’une valeur toxicologique prudente et en déduire des seuils très conservateurs.

Trois mentions obligatoires sur la face avant du paquet

Au-delà des chiffres, le règlement impose un étiquetage précis sur les feuilles de chanvre vendues pour infusion. Trois mentions devront figurer sur la face avant de l’emballage, dans un corps de caractère défini par le texte : le produit est à utiliser uniquement pour infusion dans l’eau ; il ne doit pas être consommé par les nourrissons et les enfants en bas âge, la teneur maximale ayant été calculée sans tenir compte de cette population ; aucun ingrédient gras, tel que la crème ou le lait, ne doit être ajouté pendant le trempage.

Cette dernière consigne découle directement de la chimie du THC. Puisque la molécule est attirée par les corps gras, ajouter du lait pendant l’infusion augmente de façon importante la quantité extraite des feuilles. Pour les boutiques, les conseils de préparation donnés en rayon ou sur les fiches produits devront être alignés sur ces mentions.

À noter — Le CBD n’est pas un médicament. Cet article est purement informatif et ne constitue pas un avis médical.

Une reconnaissance des feuilles comme aliment traditionnel

Le point le plus intéressant pour la filière tient au fondement juridique du texte. Le règlement rappelle explicitement que, selon le catalogue européen sur le statut des nouveaux aliments, l’infusion dans l’eau de feuilles de chanvre non accompagnées de sommités florifères ou fructifères n’est pas un nouvel aliment et ne nécessite donc pas d’autorisation au titre du règlement (UE) 2015/2283. C’est précisément parce que ce produit est reconnu comme une denrée traditionnelle que la Commission lui fixe un plafond de contaminant, comme pour n’importe quel autre aliment.

Cette distinction est capitale en France, où le plan de contrôle de la DGAL sur les produits alimentaires au CBD vise les denrées enrichies en extrait de cannabidiol, y compris les infusions additionnées de CBD. La tisane composée de feuilles de chanvre, sans extrait ajouté et sans sommités fleuries, relève d’une autre catégorie, désormais dotée d’un standard européen.

La reconnaissance reste néanmoins étroite, puisqu’elle ne couvre que les feuilles. L’Association européenne du chanvre industriel (EIHA) l’a saluée tout en regrettant des limites qu’elle juge très restrictives et susceptibles de rendre difficile la commercialisation de nombreux produits issus de chanvre légalement cultivé. Elle plaidait pour un seuil de 0,08 mg/kg sur les boissons chaudes et n’exclut pas un recours contre des restrictions qu’elle considérerait disproportionnées.

Ce que la filière française doit anticiper avant le 1er janvier 2027

Le règlement prévoit une période transitoire : les denrées légalement mises sur le marché avant le 1er janvier 2027 pourront rester en vente jusqu’à leur date de durabilité minimale ou leur date limite de consommation. En revanche, tout produit fabriqué ou importé après cette date devra respecter les seuils et porter les mentions obligatoires.

Deux points de vigilance s’imposent. D’abord, le plafond de 40 mg/kg sur les feuilles sèches sera vraisemblablement le plus difficile à tenir pour certains producteurs, les teneurs en THC total variant selon la variété, la partie de la plante et la récolte : des analyses de lots avant mise en marché deviendront un passage obligé. Ensuite, le texte s’applique sans préjudice de règles nationales plus restrictives. La France, où les produits issus du chanvre doivent afficher un taux de THC inférieur à 0,3 %, conserve sa liberté d’appréciation, comme l’a montré le débat européen sur le seuil de THC du chanvre. Les acteurs français devront donc suivre l’interprétation que donneront la DGCCRF et la DGAL du nouveau règlement d’ici la fin de l’année.

Conclusion

Le règlement (UE) 2026/1828 est une étape à double tranchant pour les infusions au chanvre. D’un côté, il ancre la tisane de feuilles dans la catégorie des aliments traditionnels, libre de toute autorisation Novel Food, avec un standard sanitaire commun aux vingt-sept. De l’autre, il impose des seuils parmi les plus bas jamais fixés pour un produit à base de chanvre, assortis de mentions d’étiquetage qui redessinent les packagings.

Pour les boutiques et les producteurs, l’échéance du 1er janvier 2027 laisse un peu plus de trois mois pour auditer les gammes, demander des analyses de THC total aux fournisseurs, refondre les étiquettes et écouler les stocks existants dans les délais prévus.

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